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Artist Connect de BEING Studio : La présence précieuse des artistes handicapés

Ottawa, OntarioOttawa (Ontario)

Chercheure d’histoire : Margaret Lam
Personne passée en entrevue : Rachel Gray, directrice générale (ancienne directrice artistique)
Date d’entrevue : le 6 juillet 2021

Entre janvier et mars 2021, BEING Studio organisa un symposium en ligne intitulé «  Artist Connect  ». Ce programme d’une durée de trois mois mettait en vedette 25 événements sur Zoom. Le symposium accueillit plus de 150 artistes handicapés de BEING Studio (Ottawa), Propeller Dance (Ottawa), The Space (Ottawa), H’Art Centre (Kingston), National accessArts Centre (Calgary) et du Nina Haggerty Centre (Edmonton) et leur donna l’occasion de se rencontrer virtuellement et partager leur art entre eux.

Artist Connect fut saisi dans un rapport vidéo qui offre un aperçu de l’expérience vécue par les personnes participantes, dévoilant des connaissances sur la façon de créer des espaces dans lesquels des liens significatifs peuvent être tissés lorsque nous n’avons qu’un appareil, une caméra, une connexion Internet et l’un et l’autre.

L’innovation : Les façons d’approfondir les conversations à propos des arts pour les personnes handicapées dans un espace virtuel

BEING Studio (anciennement connu sous le nom H’Art of Ottawa) est un studio d’art pour les artistes avec des déficiences développementales dans la région d’Ottawa qui existe depuis 2002. Il offre un espace où les artistes qui travaillent sur des projets d’art visuel et d’écriture créative peuvent cultiver leur pratique artistique, établir des relations dans la communauté des arts pour les personnes handicapées et recevoir un appui pour la promotion et la vente de leur art.

Depuis sa participation au Cripping the Arts Symposium en 2019, BEING Studio s’est efforcé d’établir un lien avec des studios d’artistes qui appuient les artistes handicapés partout au Canada afin de créer un échange informel de connaissances et de ressources spécialisées.

Avant la pandémie, le niveau de coordination et de planification nécessaire pour rassembler tout le monde ensemble en personne afin d’avoir une implication significative exigeait des ressources humaines et financières substantielles.

Chris Binkowski Bucko, keynote speaker at a Virtual Coffee session of Artist Connect

Pendant la pandémie, BEING Studio s’est rapidement adapté en offrant des «  cafés virtuels  » : des espaces informels en ligne où les artistes de BEING Studio pouvaient se rencontrer et réseauter. Alors qu’ils acquéraient de l’expérience en matière d’animation d’interactions entre artistes lors de vidéoconférences et le besoin de combler le manque de contacts humains augmentait, l’idée d’Artist Connect est née.

Artist Connect fut conçu pour offrir un forum où des connaissances pouvaient être partagées et des amitiés pouvaient se tisser. BEING Studio voulait comprendre comment d’autres studios pour les artistes avec des déficiences développementales étaient touchés par la pandémie.

Une des forces d’Artist Connect est leur pratique de la facilitation numérique. Chaque événement exigeait une collaboration étroite entre le comité d’organisation de BEING Studio et les conférencières et conférenciers afin de préparer des versions de leurs présentations en langage simple et clair. Bien qu’il n’existe pas de formule pour accomplir cela, il est clair que réduire un sujet à son essence exige un dialogue et une conversation.

BEING Studio a aussi incorporé intentionnellement le mouvement et le jeu dans plusieurs de leurs séances, tout comme ils le font pour leur programmation en présentiel. Naomi Tessler de Branch Out Theatre avait une séance spéciale durant laquelle elle utilisa des jeux et des exercices de théâtre comme un moyen d’incarner et de communiquer l’entente communautaire d’Artist Connect.

Les défis : Un langage simple, s’adapter à divers niveaux de littératie numérique et créer un environnement numérique accueillant

Livrer une facilitation réfléchie dans un contexte numérique n’est pas facile, mais le tout commença par une question simple, «  comment pouvons-nous résoudre ce problème ensemble ?  »

Étant donné la nécessité d’un langage simple, les responsables des deux séances ont coopéré avec les conférencières en avance pour assurer l’intégrité du contenu, tout en s’assurant que le langage ne créerait pas un obstacle à l’accès.

Ce processus peut être difficile, mais en fin de compte générateur pour les personnes impliquées. Les conférencières ont trouvé que cela les aidait à faire ressortir l’essence de leur message et à améliorer la compréhension du public. Le comité organisateur a accru ses connaissances professionnelles et sa compréhension de différents sujets allant de l’utilisation d’outils numériques à la culture et l’identité des personnes handicapées.

Dans le contexte des arts pour les personnes handicapées, une facilitation en personne réussie s’appuie sur la capacité de lire le langage corporel et les dynamiques entre les participantes et les participants. Ces deux éléments sont absents de l’environnement numérique. Les différents niveaux de littératie numérique ont fait en sorte qu’il était plus difficile pour les personnes qui facilitent et participent aux séances de savoir comment interagir et participer. Ainsi, mener des événements en ligne réussis exigeait une approche à la facilitation adaptative et « dans le moment présent ».

Afin de créer un environnement numérique chaleureux et accueillant tout en tenant compte des défis mentionnés ci-dessus, il était important de poser les questions suivantes : De qui n’entendons-nous pas parler ? Comment cet environnement numérique est-il structuré ? Comment pouvons-nous inviter les gens qui ne sont pas à l’aise de parler à contribuer ?

Poser ces questions était plus important que d’avoir des lignes directrices et une structure définitives. Ceci est une approche de facilitation qui priorise une bonne compréhension du point de vue des gens, l’écoute active, l’intégration de différentes perspectives et atteindre le plus de participantes et participants possible dans la pièce. La période prolongée de trois mois pour Artist Connect a aussi permis de bâtir la confiance et établir les relations nécessaires pour comprendre les différents besoins numériques et les préférences des personnes participantes.

Le dernier défi était de déterminer comment rendre compte des résultats avec la communauté d’une manière qui respectait le plus l’esprit qui avait influencé l’ensemble du projet. Bien qu’ils avaient toujours l’intention de produire un rapport, un rapport écrit traditionnel ne serait pas complètement accessible pour la communauté des personnes handicapées.

L’équipe de BEING Studio a abordé ceci en définissant elle-même quelles données devraient être recueillies, les questions qu’elle désirait le plus explorer, et ce qui était le plus important de partager avec la communauté. Son travail était appuyé par la chercheure d’histoire Margaret Lam, l’experte en réflexion conceptuelle à Creative Users Projects. Le résultat est un rapport vidéo (disponible à beinghome.ca) qui transmet l’expérience d’Artist Connect ainsi que les apprentissages et les idées qui en ont émergé. Ils ont aussi développé un aide-mémoire pour mettre en place des événements en ligne.

Les finances : Appui financier à court terme avec un aperçu des sources de revenus alternatives au fil du temps

Avec un budget de fonctionnement annuel d’environ 200 000 $, y compris environ 60 000 $ en coûts directs pour les frais généraux administratifs, Artist Connect était une entreprise de taille. Les coûts d’exécution du programme associés à Artist Connect comprenaient les honoraires pour les invités spéciaux et les artistes. Ces frais étaient soutenus par les bailleurs de fonds du projet : le Conseil des arts du Canada et la Fondation communautaire d’Ottawa, avec le soutien supplémentaire de mécènes.

L’entrée à ce symposium était gratuite à toute personne affiliée aux organismes et studios participants. Étant donné que tous ces organismes servent une communauté d’artistes avec des déficiences développementales très spécialisées, le comité organisateur ne s’attendait pas à ce que cet événement génère beaucoup de revenus. Des revenus modestes ont été générés grâce à des dons et à une visibilité accrue de la boutique en ligne où de l’art créé par des artistes de BEING Studio est disponible pour l’achat.

Depuis la conclusion du symposium Artist Connect, il y a énormément d’énergie au sein de l’organisme pour penser aux façons dont ils pourraient avoir une incidence sur des questions plus vastes comme la justice pour les personnes handicapées. Bien que les domaines spécifiques ne font qu’émerger, l’organisme explorera certainement des sources de revenus alternatives en lien avec de nouveaux types d’activités.

L’impact : Développement artistique, nouveaux liens et nouvelle orientation

Un refrain clé tout au long d’Artist Connect était l’idée qu’un handicap n’est pas l’absence de quelque chose, mais plutôt quelque chose de précieux. Cette idée puissante laissa une forte impression sur l’équipe et les bénévoles des six organismes, et sur les plus de 150 artistes qui y ont participé. Il y avait un nombre incalculable de participants « cachés » comme les partenaires, les tutrices et tuteurs, les membres des familles et les employés de soutien en coulisse. Ces individus innombrables sont témoins des changements percutants chez les artistes longtemps après la fin de l’événement.

Analisa Kiskis, artist and Board member at Being Studio

Pour BEING Studio, le processus d’organiser et de préparer Artist Connect leur a permis de travailler étroitement avec d’autres organismes centrés sur les personnes handicapées comme le Disability Justice Network in Ontario. Cela a généré des apprentissages organisationnels énormes puisque chaque membre de l’équipe eut l’occasion d’interagir avec des experts dans ce domaine, de réfléchir et de grandir en apprenant de chaque événement.

En expérimentant avec les possibilités d’engagement numérique et la construction de partenariats avec d’autres organismes à l’extérieur de la région d’Ottawa, BEING Studio commença à reconnaître le rôle qu’un organisme communautaire basé à Ottawa pouvait jouer dans la discussion plus grande au sujet du mouvement pour la justice pour les personnes handicapées et l’amélioration de l’accès aux arts.

Même quand les rassemblements en personne redeviendront possibles, BEING Studio continuera d’offrir des événements et des programmes virtuels afin d’atteindre les artistes qui ne sont peut-être pas capables d’y être en personne et pour développer ses liens avec différentes communautés d’artistes handicapés au Canada.

Les leçons : L’accessibilité, la collaboration et l’impact des arts

En approchant les obstacles avec une ouverture d’esprit et une volonté d’explorer des solutions possibles et accorder le temps nécessaire pour bien le faire, le processus d’Artist Connect présenta une occasion formidable d’apprendre et de grandir, y compris les leçons clés suivantes :

1. L’importance de faire de la place aux voix qui pourraient ne pas avoir le pouvoir de s’exprimer.

Il y a une occasion d’apprendre et de grandir lorsque nous prenons le temps de chercher les voix absentes et de s’engager dans un processus pour créer des espaces dans lesquels ils peuvent être entendus. Il y a des occasions de mieux se comprendre et de mieux comprendre nos communautés, ainsi que de rencontrer des perspectives et des discours qui sortent des chemins battus, mais qui sont tout aussi humains et pertinents.

2. Poser des questions qui invitent la collaboration, plutôt que des questions qui ont une « bonne » réponse.

Tandis que nous naviguons tous ces paysages numériques, il devient de plus en plus clair qu’il n’existe pas de solutions magiques et que tout doit être négocié. En accueillant cela comme une constante dans toutes les interactions virtuelles et en étant activement attentif et en faisant de la place pour les façons que d’autres personnes préfèrent interagir, nous pouvons avoir un regard plus critique à l’égard des outils numériques que nous utilisons et être plus en phase les uns avec les autres.

3. Un rapport est une occasion de faire le point et de garder le dialogue ouvert.

La création d’un rapport fournit une occasion d’articuler le but et le format en relation avec les personnes pour qui le rapport est créé et déterminer ce qui est le plus important pour eux. Faire preuve de créativité lors de la communication des résultats peut susciter de nouvelles conversations. Cela développe aussi la façon dont nous pensons aux connaissances et comment les partager afin de bénéficier et autonomiser les autres.

4. Le secteur des arts a un rôle à jouer dans d’autres sphères de notre société.

Le secteur artistique et culturel a des connaissances et des idées desquelles d’autres secteurs comme la santé, les services communautaires et même les entreprises sociales et ceux dans le secteur de la technologie peuvent apprendre. Afin de situer et d’aligner notre travail dans ces contextes, nous devons cultiver des relations avec de tels organismes à travers la collaboration axée sur des projets. Il y a des occasions d’accroître notre compréhension de ces secteurs et de créer un espace pour des approches innovatrices qui feront avancer nos mandats respectifs.

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