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Collectif médiatique d’Afros In Tha City : Centrer les voix et les expériences des communautés noires à Calgary et ailleurs

Calgary, AlbertaCalgary (Alberta)

Chercheur d’histoire : Kelly Hill
Personne passée en entrevue : Ado Nkemba, rédactrice
Date d’entrevue : 29 juillet 2021

Fondé en 2016, Afros In Tha City est un petit collectif d’arts multidisciplinaires situé à Calgary (Mohkínstsis, tel qu’il est connu en pied-noir, une reconnaissance du lieu que le collectif inclut dans ses communications).

En juillet 2020, un collectif médiatique (composé largement d’auteures et auteurs noirs ou métis noirs) fut créé au sein d’Afros In Tha City. Les histoires du collectif, distribuées principalement via son site Web, «  sont axées sur les vies des Noirs, discutent d’enjeux qui concernent la population noire et explorent des sujets pertinents à l’expérience des Noirs  ». Qu’il partage des histoires sur la suprématie blanche, la couleur de la peau ou les cheveux, le collectif «  s’engage à produire du contenu local, de qualité, sans tropes ni stéréotypes, qui renforce la voix des Noirs et appuie la communauté  ». (Source : site Web d’Afros In Tha City, traduit de l’anglais).

La rédactrice Ado Nkemka sentait que le collectif «  offrirait une bonne occasion de dire tout ce que je voulais dire, mais n’avais pas le courage de dire  ». Grâce au collectif, elle dit «  avoir finalement trouvé un endroit où je me sens humaine et un endroit où je sens que les gens comprennent qui je suis  ». Le collectif comprend sept membres et fonctionne plutôt informellement.

Bien que le collectif soit solidement enraciné à Calgary, la distribution en ligne fait en sorte que des gens de partout dans le monde «  peuvent entendre nos histoires  ».

Dans le contexte de la pandémie et du mouvement Black Lives Matter, le collectif de rédaction a élargi considérablement ses partenariats et sa portée aidant ainsi à développer l’organisme et un sentiment d’appartenance à une communauté parmi les artistes noirs à Calgary et ailleurs.

L’innovation : Développer des partenariats pour bâtir un organisme émergent

Ado mentionne que la gestion de ses membres indépendants peut être faite en ligne et cet aspect n’était pas trop difficile à coordonner durant la pandémie. D’autre part, le renforcement des communautés est devenu beaucoup plus difficile sans pouvoir se regrouper en personne.

Pour résoudre ce problème et, de façon plus générale, pour développer le collectif, Afros In Tha City et son groupe de rédaction se sont reposés sur la fondation et la réputation de travail du collectif pour développer des partenariats solides. Comme Ado l’a mentionné, parfois le collectif entrait en contact avec des partenaires potentiels et d’autres fois ce sont les partenaires qui entraient en contact avec eux. Ado ajoute que les derniers partenariats étaient avec une gamme d’organismes, certains menés par des Noirs et d’autres non.

Members of the Afros In Tha City writing collective visit the Planet Superblend / Afros In Tha City space on July 28, 2021. Credit: Dooshima Jev.

Ado souligne trois partenariats importants du collectif médiatique d’Afros In Tha City, tous développés dans le contexte de la pandémie.

En travaillant avec la Canadian Association of Black Journalists (CABJ), le collectif médiatique d’Afros In Tha City a pris son essor et gagné en légitimité. Suite à la participation d’Ado à la Media Startup Bootcamp for Black digital storytellers de la CABJ en 2020, l’association décerna une subvention de démarrage de 5 000 $ à Afros In Tha City. La subvention aida Ado à réaliser que d’autres personnes dans l’industrie des médias reconnaissent la perspective unique qu’apporte le collectif : «  cela a permis de faire le plein d’énergie  ». La rédactrice en chef d’Afros In Tha City, Tomi Ajele, était une des participantes à l’atelier intensif en 2021. Le partenariat avec la CABJ s’est prolongé et comprend maintenant du mentorat et des mises à jour régulières sur les possibilités d’emploi dans l’industrie des médias.

Leur partenariat avec The Sprawl, un site journalistique indépendant financé collectivement en Alberta, «  a joué un rôle crucial dans notre croissance  », dit Ado. Le rédacteur en chef de The Sprawl, Jeremy Klaszus, a aidé à mentorer les membres du collectif. The Sprawl a aussi publié un profil d’Afros In Tha City.

Le collectif a établi une connexion importante au-delà du monde de l’édition grâce au Sled Island Music & Arts Festival. Le festival est entré en contact avec Afros In Tha City, ce qui a entraîné le financement de celui-ci pour aider le festival à présenter des artistes noirs en 2022.

Les défis : Santé mentale, rétention d’artistes noirs et enjeux d’espace

Comme une grande partie de la population canadienne, les membres du collectif de rédaction ont ressenti les effets de l’isolation sur la santé mentale durant la pandémie. Face à cette situation, le collectif a fait preuve de souplesse avec ses membres quant à leur horaire et leurs dates d’échéance. Ado a indiqué que ce niveau «  de compréhension a aidé notre durabilité durant la pandémie ». Le collectif «  essaie de faire en sorte que les gens ressentent qu’ils ont réellement une voix et une place  », même si les membres (y compris Ado) n’ont pas été capables de soumettre du contenu aussi régulièrement qu’ils aimeraient.

Virtual meeting of members of the Afros In Tha City writing collective, July 28, 2021. Credit: Dooshima Jev.

Retenir les artistes noirs à Calgary est un défi majeur, ce qu’Afros In Tha City essaie de changer. Selon Ado :

Dans les communautés noires et [de couleur] à Calgary, nous avons de la difficulté à garder nos artistes. Nous essayons de bâtir une communauté où les gens ne sentent pas qu’ils doivent partir pour réussir ou pour se sentir légitimés comme artistes.

Afros In Tha City a perdu son espace d’arts multidisciplinaires en août 2021 (après l’entrevue avec Ado). L’espace leur avait été «  prêté  » temporairement, mais l’entreprise avait besoin de l’espace à nouveau. L’ironie est qu’au moment où certaines restrictions liées à la COVID-19 concernant les rassemblements sont levées, les seuls espaces disponibles sont maintenant en ligne.

L’absence d’un «  espace de rassemblement amusant  » où il y a peu d’obstacles à la participation des artistes a rendu le développement communautaire et «  l’approvisionnement d’un espace sécuritaire où les artistes noirs et de couleur se sentent compris  » plus difficiles. Afros In Tha City recherche un espace communautaire de travail avec un partenaire existant ou un nouveau partenaire.

Les finances : Des petites sommes d’argent de diverses sources

Outre les fonds amassés en travaillant avec la Canadian Association of Black Journalists et le Sled Island Festival (mentionné ci-dessus), Afros In Tha City fut accepté dans un programme de subventions de IndieGraf Media, une compagnie qui appuie de jeunes entreprises indépendantes traitant d’actualité locale. Ce programme offre aussi un volet formation.

Le collectif amasse aussi des fonds de mécènes des arts utilisant la plateforme Patreon. Travailler et présenter en ligne au cours de la dernière année a aidé le collectif à développer sa base d’individus voués à leur cause. Par exemple, après un panel de discussion en ligne présenté par Afros In Tha City en février, le collectif a obtenu beaucoup de nouveaux membres sur Patreon.

Grâce aux abonnements et aux autres revenus, le collectif a été capable de payer ses membres pour leur travail, mais n’a pas été capable de compenser le temps qu’ils passent sur la révision ou sur l’administration et l’organisation du groupe.

Malgré avoir réussi à amasser des fonds de diverses manières, les membres du collectif continuent de travailler pour augmenter leur financement et leurs sources de financement. À date, le collectif n’a pas encore reçu de financement public.

La leçon : Comprendre la vie des Noirs requiert une liberté d’expression et une volonté d’écouter

Grâce à leur travail, les membres du collectif médiatique d’Afros In Tha City ont aidé à soulever des questions importantes dans la communauté noire à Calgary et à travers l’Alberta. Pour continuer de faire cela, Ado souligne l’importance de la liberté d’expression parmi la population noire ainsi que l’importance du leadership noir au sein d’organismes :

Si vous voulez comprendre la vie des Noirs, nous devons être libres de nous exprimer. Certaines personnes dans notre collectif ont vécu des expériences en travaillant avec différents organismes et sentaient que le processus éditorial les censurait ou ressentaient qu’ils devaient présenter leur histoire dans un bel emballage, ce qui n’est pas toujours le cas. Parfois, il n’y a pas nécessairement de fin heureuse. Il y a toujours quelque chose à apprendre, mais je crois que cela renvoie à cette notion de liberté et de flexibilité. Si vous voulez vraiment entendre nos voix, vous devez vous engager à vous ouvrir et être prêts à accepter des vérités qui sont parfois laides et difficiles à avaler.

 

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