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Crip Times de Tangled Art + Disability : Une série de balados qui accroît la sensibilisation et l’engagement

Toronto, OntarioToronto (Ontario)

Chercheure d’histoire : Melanie Fernandez
Personnes passées en entrevue : Kayla Besse et Kristina McMullin, animatrices du balado Crip Times
Date d’entrevue : le 23 août 2021

Créé en 2003 à la suite du grand succès du Abilities Arts Festival, Tangled Art + Disability s’efforce d’accroître les possibilités pour les artistes handicapés et de veiller à ce qu’ils fassent partie intégrante du tissu culturel de la société. Tangled Art + Disability offre des occasions d’expositions, des programmes d’artistes en résidence, des classes de maître, des séminaires et d’autres occasions de perfectionnement professionnel.

La mission et le mandat de l’organisme illustrent la grande portée du travail qu’ils entreprennent :

Tangled Art + Disability redéfinit avec audace la façon dont le monde fait l’expérience de l’art et des gens qui le créent. Nous sommes un organisme artistique à but non lucratif pour les personnes handicapées qui a pour mission de bâtir des liens entre les professionnels et les artistes émergents, la communauté artistique et un public varié grâce à une passion créative et un accent sur l’excellence artistique. Notre mandat vise à appuyer les artistes sourds, fous et s’identifiant comme handicapés, de cultiver les arts des personnes sourdes, folles et handicapées au Canada et d’améliorer l’accès aux arts tant chez les artistes que chez les auditoires, quelles que soient leurs capacités.

En plus des événements et des activités qu’ils produisent, Tangled Art + Disability met à disposition des ressources précieuses (trousses d’outils et recherche) qui aident les organismes à travailler avec des artistes et des spectateurs handicapés.

L’innovation : Une série de balados franchissant de nouveaux seuils d’accessibilité

Suite à la fermeture de son espace et à l’interruption de sa programmation en raison de la COVID-19, Tangled Art + Disability s’inquiétait beaucoup de la façon de maintenir un lien avec les artistes et d’alléger le sentiment d’isolation qui a déjà un impact sur leurs communautés. La série de balados Crip Times fut lancée et est décrite ainsi :

Les personnes handicapées sont depuis longtemps expertes à rester à la maison et à faire preuve de créativité pour trouver de nouvelles façons de maintenir le sentiment de communauté entre elles. Au début du confinement en lien avec la COVID-19, plusieurs d’entre nous se demandaient comment nous pouvions maintenir le sentiment d’intimité et de connexion que nous obtenons lorsque nous nous rassemblons dans des espaces artistiques consacrés aux personnes handicapées ou « crip ». De ce désir, Crip Times a vu le jour : une nouvelle série d’entrevues sur balados.

claude wittman performing Minimal Action. Credit: Michelle Peek Photography. Source: Tangled Art + Disability Annual Report, 2019-20.

La série de balados était réalisée et animée par Yousef Kadoura, Kayla Besse et Kristina McMullin. Le trio d’artistes n’avait jamais réalisé un balado auparavant et a beaucoup appris par tâtonnement. Ils firent un remue-méninges d’idées de sujets et examinèrent les options d’une série diffusée en direct versus un balado. Ils voulaient prendre toutes les décisions d’une manière très intentionnelle et qui tenait compte de leurs auditoires. Le format d’un balado fut sélectionné en raison de son accessibilité et des partenaires qui pourraient contribuer leur connaissance des éléments techniques et leur savoir-faire. Une plus grande équipe de ressources fut formée avec deux partenaires clés : l’Université de Guelph et Bodies in Translation. L’équipe fut capable de créer du contenu qui était accessible à un vaste éventail de personnes participantes de capacités variées. En plus de développer les scénarios des balados en utilisant des techniques de la série d’ateliers de Tangled Art + Disability sur la narration numérique, l’équipe a intégré les aspects techniques requis pour la production et l’accessibilité.

Kayla, Kristina et Yousef travaillaient tous de la maison durant la période de production. Ils décidèrent de travailler en tant que collectif, comme ils l’auraient fait pour un projet artistique collaboratif. Le projet leur a offert un soutien créatif  pendant la pandémie et a aidé à brouiller la distinction entre la sphère personnelle, politique et professionnelle.

Les discussions antérieures avec les artistes qui avaient participé aux expositions de Tangled et au Second Sunday Social (un programme de Tangled) les aida à mieux comprendre le sentiment d’intimité qu’ils souhaitaient créer avec le balado. Le trio utilisa le format du balado pour surmonter les obstacles géographiques et offrir des présentations de formes d’art qui ne conviendraient pas en contexte de galerie. Ils réussirent à recruter des invités auxquels ils n’auraient autrement peut-être pas eu accès, comme Ben Barry, PhD, président de l’école de mode de l’Université Ryerson, qui a discuté de l’idée de visualiser la mode au-delà du corps idéal; Ryan O’Connell, créateur, écrivain et vedette de l’émission Special sur Netflix; Gloria Swain qui a parlé de créer de l’art en tant qu’activiste et artiste folle, noire et plus âgée; et bien d’autres encore.

Les commentaires sur Crip Times furent très positifs et la série est maintenant utilisée par l’Université OCAD comme une unité pédagogique des programmes et dans le cadre de l’exposition audio How will we be with you?. La série de balados est présentée sur le réseau de balados Wheels on the Ground d’Andrew Gurza sur Spotify et Apple. La série fut aussi reprise par la station de radio de l’Université de la Colombie-Britannique.

Le défi : Courbes d’apprentissage et retards de production

Le défi principal du projet était sa courbe d’apprentissage abrupte en raison de la technologie pour la production de balados. Au fur et à mesure que la série évoluait, Kayla, Kristina et Yousef sentirent que leurs objectifs en matière d’engagement et la qualité de l’engagement devenaient plus clairs. Ils se sont aperçus que la réalisation de la série prenait beaucoup plus de temps que prévu et ils en ont donc reporté le lancement d’août 2020 à novembre 2020. Ils avaient tous d’autres emplois et d’autres projets, ce qui exigea des ajustements au calendrier pour assurer une réelle collaboration au niveau du processus.

Les finances : S’étendre au-delà des frontières avec de nouvelles voix et de nouvelles idées

Étant donné que les espaces physiques de Tangled Art + Disability étaient fermés pendant la pandémie, ils ont pu réaffecter les fonds du budget de fonctionnement de l’organisme au projet. Tangled reçoit du financement des gouvernements fédéral, provincial et municipal, ainsi que du soutien en provenance d’entreprises et de fondations, des revenus gagnés, du soutien de coproduction et des dons.

Le coût approximatif moyen pour les cachets d’artistes est de 100 000 $ par année pour appuyer les expositions, les résidences, les ateliers, le perfectionnement professionnel et les projets spéciaux.

La leçon : Un nouveau format de narration qui favorise un engagement plus vaste et plus riche

Yousef Kadoura, Kayla Besse et Kristina McMullin forment une équipe dynamique d’artistes dotée d’une connaissance approfondie de leurs communautés. Grâce à ce savoir-faire, ils réussirent à rassembler un groupe de partenaires talentueux (l’Université de Guelph, Bodies in Translation, Wheels on the Ground, l’Université Ryerson, etc.) pour mener à bien la série et en assurer l’accessibilité.

Kayla, Kristina et Yousef croient qu’ils n’auraient pas produit une série de balados si ce n’avait été de la pandémie. Les circonstances les poussèrent à trouver de nouvelles façons d’être ensemble, d’interagir et de faire de l’accès une priorité pour leurs communautés. Les artistes, les spécialistes et les activistes qui ont participé à la série de balados ont tous partagé des points de vue remarquables sur l’isolation en tant que partie de leurs vies quotidiennes, contrairement à la communauté dominante en général qui en faisait l’expérience pour la première fois.

Les perspectives et le format du balado offrirent des témoignages puissants et prêtèrent voix à une communauté souvent marginalisée. Tangled envisage la façon dont ils pourraient continuer la série de balados malgré les ressources humaines considérables nécessaires à sa réalisation.

Cindy Baker portrait for Crip Times Podcast

Comme le nota l’artiste Cindy Baker dans l’épisode 4 du balado Crip Times :

Je sens que je suis mieux qualifiée pour faire face à ce type de chose — la pandémie — et ce que ça fait au cerveau et au corps, puisqu’en tant que personnes handicapées, nous faisons face à ce genre de pressions en tout temps.

Ce sont des choses que les gens « crip », les gens handicapés, préconisent depuis très longtemps. Des choses comme le travail à distance, des choses comme des réunions numériques et sous-titrées et ainsi de suite qui sont maintenant perçues comme étant essentielles parce que les personnes handicapées et non handicapées en ont besoin. Et c’est quand même intéressant à quel point la pandémie a changé la façon que nous percevons les besoins du point de vue de servir les gens dans des espaces isolés, quoiqu’il y avait beaucoup de gens handicapés qui étaient alors isolés à cause du capacitisme dans notre société bien avant le début de la pandémie.

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Détails du projet
Drawings and artwork by children as part of the Okanagan Children’s Choir's digital composition projectMembers of Tupiq Arctic Circus Troupe: Saali Kuata, Michael Nappatuk, Charlie Makiuk, Minnie Ningiuruvik  and Sarah Ainalik. Photo: Danielle Bouchard