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Le Student Composer Symposium du Strata Festival : Former de jeunes artistes pendant une période difficile

Saskatoon, SaskatchewanSaskatoon (Saskatchewan)

Chercheur d’histoire : Kelly Hill
Personne passée en entrevue : Paul Suchan, directeur artistique
Date d’entrevue : le 28 juillet 2021

La programmation du Strata Festival of New Music basé à Saskatoon a trois volets, les trois étant axés sur les artistes de la Saskatchewan et d’ailleurs au Canada qui composent de la musique : 1 – des prestations en direct de musique classique, jazz, électro-acoustique et d’autres formes musicales contemporaines; 2 – des prestations uniques mettant en vedette des œuvres qui exigent des lieux et des configurations d’instruments inhabituelles, comme un concert de sept pianos ou un concert mettant en vedette les instruments avec tessitures les plus graves en Saskatchewan; et 3 – des possibilités de perfectionnement professionnel pour les musiciennes et musiciens, habituellement sous la forme d’ateliers ou de classes de maître en personne. Le budget total du petit festival ne s’élève qu’à 25 000 $, ce qui comprend l’appui non financier.

L’innovation : Créer un symposium de composition en ligne — en un mois

En 2020, pour la première fois, le Strata Festival offrit un symposium d’étudiants en composition (Student Composer Symposium) pour son volet éducatif. Les élèves avaient l’occasion de composer une courte pièce de jazz sous le mentorat de compositrices et compositeurs reconnus au Canada, y compris David Braid, Mike Rud, Beth McKenna et Alexis Normand. Les compositions des élèves furent enregistrées en direct (en respectant la distanciation physique) et présentées en première mondiale en ligne.

Paul Suchan, directeur artistique du festival, nota que le Student Composer Symposium fut offert « environ un mois » après que le comité organisateur du festival eut l’idée pour un atelier « principalement en ligne » pendant la pandémie. Bien qu’il reconnaisse que le mot « excitant » n’est pas nécessairement le meilleur mot à utiliser pendant la pandémie, Paul indiqua « qu’il y avait quelque chose d’excitant à essayer d’organiser un événement comme ça. C’était nouveau et nous n’avions jamais fait quelque chose comme ça auparavant. »

Un avantage inattendu : le symposium attira l’attention d’un grand nombre de compositrices et compositeurs et de musiciennes et musiciens parce qu’il se déroulait au moment où beaucoup d’artistes avaient perdu toutes leurs occasions de créer et de se produire. « Nous étions capables d’aller chercher certains des meilleures compositrices et des meilleurs compositeurs jazz au Canada, et ils sautèrent tous sur l’occasion, » dit Paul.

La participation de la part des élèves était relativement élevée dans la première version du Student Composer Symposium : 20 personnes y participèrent en 2020. En 2021, en raison de la lassitude envers Zoom, il y avait 14 personnes.

Paul indiqua que le format numérique permit des interactions plus approfondies entre les élèves et les compositeurs-enseignants :

Je pense que, de façon générale, les bienfaits éducatifs sont plus grands avec ce symposium [qu’avec une classe de maître en personne]. [Les élèves] ont plus de temps pour composer une pièce sous la direction d’une compositrice ou d’un compositeur invité. Ils ont beaucoup d’occasions d’interagir. Il y avait quatre ou cinq séances, tandis qu’une classe de maître ne comporte qu’une seule séance, peut-être 10-15 minutes par pièce.

Le défi : Apprendre la diffusion en continu — en un mois

La courbe d’apprentissage du Strata Festival était ardue et devait être franchie rapidement. « Nous n’avions jamais diffusé un concert en continu. Nous n’avions jamais enregistré un concert sur un support vidéo. Nous n’avions jamais présenté un concert en première en ligne, » nota Paul.

L’argent n’était pas un défi important pour le festival parce qu’il avait déjà sous la main une subvention de SK Arts (auparavant connu sous le nom de Saskatchewan Arts Board) qui pouvait être utilisée à presque n’importe quelle fin reliée à la nouvelle musique.

Une fois que le festival décida de présenter un symposium en ligne, le défi devint de trouver les bonnes personnes contributrices dans les limites de leur budget. Selon Paul, les besoins du festival en matière de son étaient couverts : « L’aspect audio était couvert. Nous avions de bonnes personnes en ville qui aimaient travailler avec nous, alors cela n’était pas un problème. »

Comme il le dit, trouver le bon savoir-faire en vidéo était plus difficile pour un festival qui manquait d’expérience en ligne, surtout avec la grande importance accordée à payer les artistes :

Si tu as assez d’argent, c’est vraiment facile d’obtenir de très bonnes vidéos créées par des éditeurs de vidéos très adeptes. Mais ensuite, à quel moment est-ce que cela commence à gruger assez dans ton budget que tu commences peut-être à enlever cet argent des interprètes et des compositeurs, ou sinon tu te retrouves à devoir augmenter les frais. Alors tu dois réfléchir et te dire « nous voulons que cela soit de bonne qualité, mais quelle est notre limite ? » Cela était une question délicate pour nous, de savoir combien d’argent dépenser sur quelque chose d’extra que nous n’avions jamais fait auparavant.

Bien qu’il fût capable d’offrir le symposium en ligne en 2020 et en 2021, Paul croit que les interactions humaines qui découlent des rencontres en personne ont encore de la valeur. Ainsi, la prochaine édition du symposium sera sûrement offerte en version hybride :

Nous aurons probablement deux ou trois des compositeurs encore en ligne, puis nous en inviterons peut-être un ou deux [à Saskatoon]. La présence d’un être humain dans une pièce avec soi, ça a encore quelque chose d’intangible. Tu sais, il n’est simplement pas possible de reproduire cela. L’aspect social des festivals est en effet plus important que les gens le croient. Combien d’idées naissent quand après le concert, tu passes du temps avec le compositeur ou avec certains des musiciens, et que tu leur parles du déroulement du concert ? Tu ne fais pas ça avec un concert en ligne de la même façon. Les gens ont tendance à cliquer « quitter la réunion » immédiatement.

Au-delà du prochain symposium, le festival pourrait retourner à des classes de maître, au moins dans certaines circonstances. Par exemple, la création d’une pièce de musique classique prendrait plus de temps que la création d’une pièce de jazz plus courte (soit l’axe principale du festival en 2020).

Le Strata Festival n’a pas offert de prestations en direct en 2020 (autres que les prestations en ligne des compositions des élèves), mais diffusa en continu un concert des « instruments graves » en 2021, qui attira un auditoire plus vaste que d’habitude pour le festival. Un concert en personne explorant la relation entre l’art visuel et l’art auditif fut aussi présenté en 2021. Un mélange de flux de diffusion en direct et de concerts en personne se poursuivra dans les années à venir.

Les finances : Fonds de fonctionnement provincial et des économies en étant en ligne

Le festival a été capable de basculer rapidement grâce à la stabilité de sa source principale de financement, SK Arts. Le bailleur de fonds provincial demanda au festival de conserver son personnel, même avec une programmation réduite en 2020. SK Arts prolongea aussi le fonds de fonctionnement biennal du festival (10 000 $) pour une année supplémentaire, ce qui signifie que le festival devra seulement faire une autre demande au printemps 2022 pour les activités débutant en 2023.

Le tarif étudiant pour le Student Composer Symposium est de 100 $.

Puisque le festival était virtuel en 2020, les frais de déplacement, de distribution et de marketing étaient moins élevés. En ce qui concerne les déplacements, le festival n’a pas dû payer pour les vols et l’hébergement des compositrices et compositeurs de Montréal, de Toronto et de la Colombie-Britannique. (Cependant, le festival a versé aux mentors en composition un honoraire plus élevé en 2020 pour refléter les heures supplémentaires consacrées au mentorat.) Pour distribuer son flux de diffusion en direct, le festival s’est servi de YouTube, qui est gratuit. La plupart des besoins de marketing du festival pour 2020 et 2021 furent comblés grâce à Facebook, ce qui était moins dispendieux que les coûts qu’il engendrait normalement pour imprimer et distribuer des affiches et des dépliants.

La leçon : Le personnel et une souplesse au niveau du financement sont essentiels

Pour Paul, une souplesse au niveau du financement…

ouvre vraiment la porte à l’innovation… Nous ne savions pas si nous allions avoir assez de fonds en provenance des inscriptions pour payer tous les professeurs, mais avec les fonds suffisants [de SK Arts], nous n’avions pas à nous préoccuper de cela. Nous pouvions en quelque sorte faire le grand plongeon et dire « d’accord, allons-y ! ».

La souplesse au niveau du financement permit aux membres du personnel à temps partiel et saisonniers de rester en contact avec le festival et de l’inscrire à leur calendrier pour 2021. Paul indiqua que les membres de son personnel représentaient le second aspect essentiel de souplesse : beaucoup d’entre eux basculèrent rapidement ou prirent même des rôles différents en 2020. Par exemple, même avec des délais d’exécution à cause du changement soudain en ligne, la personne chargée du marketing pour le festival a été capable de créer des annonces et de les publier rapidement sur Facebook.

Selon Paul, « ces deux choses garantirent en gros que nous étions quand même capables de faire quelque chose en 2020, et ouvrirent la voie pour 2021. »

 

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Détails du projet
Drawings and artwork by children as part of the Okanagan Children’s Choir's digital composition projectMembers of Tupiq Arctic Circus Troupe: Saali Kuata, Michael Nappatuk, Charlie Makiuk, Minnie Ningiuruvik  and Sarah Ainalik. Photo: Danielle Bouchard