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Critiques de la théorie de la classe créative

janvier 31, 200631 janvier 2006

Critiques de la théorie de la classe créative

Dans le numéro de février 2003 de Recherches sur les arts, nous faisions remarquer que la corrélation statistique entre le nombre de gens instruits, d’artistes et d’immigrants et la technologie n’a rien de surprenant. L’indice de la technologie penche en faveur des grandes villes, où les étrangers et les artistes ont une tendance naturelle à s’installer. Et il faut également que leur population compte une proportion importante de gens diplômés pour que les grandes villes fonctionnent bien. Nous notions également, dans ce même numéro, que l’analyse de Florida serait plus convaincante si elle s’accompagnait de l’examen d’un indicateur de la création d’emplois ou de la croissance économique globale, plutôt que de reposer uniquement sur le facteur de l’emploi dans la technologie de pointe pour juger de la croissance économique. Dans Europe and the Creative Age (février 2004), Florida a entrepris pour la première fois d’examiner l’indice de la créativité par rapport au produit intérieur brut. (Ses détracteurs américains avaient fait valoir que The Rise of the Creative Class reposait sur des données datant de l’apogée du boom technologique, devenues caduques après son effondrement.)

Dans un rapport sur les dépenses au chapitre de la culture au Canada, Hill Stratégies Recherche a comparé les facteurs de présence de gens talentueux avec la demande de produits et services culturels dans différentes communautés. Ce rapport concluait à l’absence de rapport marqué entre les facteurs du côté offre et les facteurs du côté demande : on n’observait en effet qu’un lien restreint entre le classement des villes sur le plan de la concentration des professions culturelles et les dépenses culturelles de leurs habitants.

Aux États-Unis, la théorie de Florida a fait l’objet de critiques virulentes. Dans le résumé d’une conférence qu’il doit donner en mai 2004 à Montréal, Marc Levine (professeur en études urbaines à l’université du Wisconsin-Milwaukee) déclare qu’« il n’existe presque aucune donnée empirique pour étayer la thèse de la classe créative. Il n’y a de corrélation entre aucun des célèbres indices de Florida – l’indice gay, l’indice bohémien ou l’indice « cool » – et les indicateurs élémentaires de la performance économique urbaine comme la croissance de l’emploi ou les taux de pauvreté. » De plus, Levine fait remarquer que les personnes occupant des emplois de la classe dite « créative » préfèrent souvent vivre dans les banlieues des grandes agglomérations, qui n’ont certainement rien de branché. Il conclut que « Florida, par sa thèse, distrait notre attention des véritables problèmes des villes nord-américaines : l’étalement urbain et la polarisation régionale, le désinvestissement des grandes sociétés, la crise fiscale, et la détérioration des infrastructures municipales. »

Dans un article du City Journal intitulé « The Curse of the Creative Class », Steven Malanga affirme que « les raisonnements économiques de Florida ne tiennent pas. Une série des villes que le professeur désigne comme des triomphes de l’âge créatif sont depuis longtemps à la traîne par rapport à l’économie américaine. Certaines de celles qu’il classe en tête de son palmarès de la créativité sont loin de se distinguer par leur capacité d’attirer – ou de retenir – des habitants. » Malanga cite des chiffres de croissance de l’emploi montrant que les villes les mieux cotées par l’analyse de Florida ont des taux de croissance de l’emploi inférieurs à ceux qu’on observe dans les villes les moins bien cotées. Malanga fournit également des données sur les flux migratoires à l’intérieur du pays qui révèlent que cinq des dix villes championnes à l’indice de la créativité de Florida ont subi des hémorragies démographiques [au cours de la deuxième moitié des années 1990], alors que certaines des villes que Florida taxe de peu créatives – notamment Las Vegas, Memphis et Tampa Bay – ont vu leur population s’accroître considérablement. Inc. Magazine a publié dernièrement un classement des 25 meilleures villes des États-Unis où implanter son entreprise, qui n’a pas grand-chose à voir avec le palmarès de Florida. De fait, San Francisco, Boston et New York figurent dans la liste des 10 pires agglomérations d’après Inc. Magazine, alors qu’elles arrivaient parmi les premières au classement des grandes villes les plus créatives établi par Florida. Les lecteurs que cela intéresse souhaiteront sans doute lire un article paru dernièrement dans les colonnes du Boston Globe, qui présente plusieurs autres objections aux thèses de Florida.

Dans ses réponses à certaines de ces critiques, Florida réplique que ce qu’il a toujours voulu transmettre comme message de base, c’est que la créativité humaine est le principal moteur de la croissance économique, que chaque personne est créative à sa manière et que, pour exploiter pleinement cette créativité, nous devons nous montrer tolérants, accueillants et ouverts à la diversité. Il affirme n’avoir jamais prétendu que les homosexuels et les artistes faisaient littéralement démarrer la croissance régionale, mais simplement que leur présence en grand nombre est un indicateur de l’existence d’une culture sous-jacente favorable à la créativité. Pour trouver le texte complet des réponses de Florida à ses détracteurs, prière de consulter le site http://www.creativeclass.org.

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